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Dossiers
Question
de droit
Où finit la copie privée
et où commence le piratage dans les échanges
de fichiers musicaux sur Internet ?
par Maître Eric
CAPRIOLI
Avocat, Expert aux Nations Unies, Vice-Président
de la Fédération Nationale des Tiers de
Confiance (FNTC)
in WORLD magazine n°3, automne 2003
[...]
Les échanges gratuits de fichiers musicaux constituent
un véritable phénomène mondial
encouragé par le développement des techniques
de plus en plus performantes (par exemple, les formats
MP3 ou Windows Media Audio, WMA, les logiciels Napster
et ses successeurs, Gnutella, Kazaa, Morpheus, etc.).
L'utilisation du système Peer to Peer (P2P) porte
cependant préjudice à l'industrie musicale
qui a déclenché la lutte contre ce piratage
d'un genre nouveau et universel.
Afin d'appréhender l'aspect illégal d'une
telle utilisation, il est important de souligner que
le droit d'auteur protège les oeuvres de l'esprit
originales, au sein desquelles se trouvent " les
compositions musicales avec ou sans paroles "
(art. L.112-2, 5° C.P.I.). Peu importe le support,
la numérisation de l'oeuvre ne change pas le
régime juridique de la protection.
A ce titre, toute reproduction ou représentation
(entendu comme " la communication de l'oeuvre
au public par un procédé quelconque
", selon l'art. L.122-2 C.P.I.) d'une telle oeuvre
doit être soumise à une autorisation préalable
de l'auteur ou des organismes de gestion collectives
(en France, la SACEM/SDRM). Pour les artistes-interprètes,
le droit de reproduction est détenu par le producteur
du phonogramme (art. L.213-1 C.P.I.).
Constitue dès lors, un acte de contrefaçon,
sanctionné pénalement et civilement, le
fait de mettre à la disposition du public des
enregistrements de tiers sans leur autorisation, en
violation de leurs droits.
Plusieurs décisions françaises ont sanctionné
le délit de contrefaçon tant pour la diffusion
de la musique en ligne que pour celle des copies numériques
gravées sur des CD-ROM. Une solution identique
a été retenue en cas de diffusion des
oeuvres musicales stockées sur le disque dur.
Le code de la propriété intellectuelle
prévoit un certain nombre d'exceptions qui permettent
à un utilisateur d'une oeuvre d'étendre
ses droits. Parmi ces exeptions, l'utilisateur d'un
fichier musical pourrait se prévaloir de l'exception
de copie privée (art. L.122-5, 2° C.P.I.),
" les copies ou reproductions strictement réservées
à l'usage privée du copiste et non destinées
à une utilisation collective ". Si le
fichier est transmis en fichier joint par e-mail, pour
être valablement admise, il faudra que le copiste
soit la personne à laquelle était destinée
la copie à usage privée. Si le fichier
est téléchargé, il faudra que l'internaute
ne diffuse pas le fichier et que celui-ci ait été
acquis de manière licite. Quant à l'execption
de courte citation (art. L.211-3 C.P.I.), elle ne pourra
pas être invoquée dès lors que les
extraits seront trop longs pour être considérés
comme de courtes citations. Enfin, le code prévoit
que l'artiste et le producteur ne peuvent s'opposer
à la radiodiffusion de titres dès qu'un
phonogramme a été diffusé à
des fins commerciales, mais cette notion de radiodiffusion
exclut de son champ d'application les échanges
de fichiers musicaux.
Il convient cependant de souligner que tout n'est pas
illicite. Les utilisateurs pourront ainsi avoir libre
accès soit à des oeuvres diffusées
par le titulaire des droits sur un site web à
titre gratuit soit à des pièces musicales
dont l'auteur est mort depuis plus de 70 ans et qui
sont donc tombées dans le domaine public.
La lutte contre le piratage implique l'accès
à des données qui permettent l'identification
des contrefacteurs, mais qui reste difficile à
réaliser sur l'Internet. Des mesures supplémentaires
ont été, en outre, adoptées au
niveau communautaire par la protection des dispositifs
techniques de protection des oeuvres (art. 6 de la directive
du 22 mai 2001) ou bien en mettant en jeu la responsabilité
des fournisseurs d'accès (projet de loi pour
la confiance dans l'économie numérique).
Des solutions se développent sur les plans juridique
et technique. Il semble également important de
considérer l'aspect économique en proposant
des prix raisonnables pour rendre abordable à
tous le téléchargement dit " légal
" (c'est-à-dire payant !).
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