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Dossiers
Question
de droit
La lutte contre la vente illicite de fichiers MP3 reproduits
sur CD s'intensifie.
par Maître Eric
CAPRIOLI
Avocat, Expert aux Nations Unies, Vice-Président
de la Fédération Nationale des Tiers de
Confiance (FNTC)
in WORLD magazine n°5, mars-avril 2004
Un internaute avait reproduit des fichiers musicaux
au format MP3 en les gravant sur des CD-Roms qu'il commercialisait
à partir de son site Internet. L'identification du titulaire
du site (sur réquisition judiciaire auprès du fournisseur
d'accès) a permis de mettre fin à ce trafic de CD illicites
et de déférer le responsable devant la juridiction compétente.
Par jugement en date du 28 janvier 2004, le Tribunal
de Grande Instance de Paris a condamné l'internaute
fautif et surtout récidivist à 6 mois de prison ferme
! La gravité de la sanction est exemplaire et elle laisse
présager une intensification de la lutte contre les
pirates de musique en ligne essentiellement axée pour
le moment sur ceux qui participent à sa diffusion tant
à titre gratuit qu'à titre commercial, comme dans la
présente affaire.
Les tribunaux ont déjà été amenés à se prononcer sur
des cas de vente illicite d'oeuvres musicales piratées
sur Internet. Mais, jusque-là seules des sanctions pécuniaires
ont été prononcées à l'encontre des individus reconnus
coupables de contrefaçon. Un jugement du tribunal correctionnel
de Montpellier avait condamné une personne gravant des
CD à 180 heures de travaux d'intérêt général en 1999.
En effet, le fait de graver des CD à partir de fichiers
musicaux MP3 diffusés sur Internet constitue une contrefaçon
au sens de l'article L. 335-3 du Code de la propriété
intellectuelle (CPI) dans la mesure où la reproduction
et la diffusion des oeuvres musicales sont effectuées
sans autorisation des auteurs ou des légitimes cessionnaires
des droits. De même, en vertu de l'article L. 335-4
du CPI, l'autorisation des producteurs est requise pour
toute commercialisation d'enregistrement d'oeuvres musicales
sous peine de sanctions sévères.
La condamnation prononcée par le Tribunal de Grande
Instance de Paris est une première, elle s'inscrit dans
un contexte mondial de durcissement de la lutte contre
les cyberpirates, à l'instar des Etats-Unis où l'Association
américaine de l'industrie du disque (RIAA) vient de
déposer 532 plaintes contre X. Ces plaintes devraient
permettre à la RIAA d'obtenir l'identité des internautes
recherchés via leur(s) adresse(s) IP sous réserve de
l'accord préalable du juge. En France, le Syndicat National
de l'Edition Phonographique (SNEP), alarmé par la baisse
des ventes du marché du disque (entre -10 et -15 % en
2003), entend engager des poursuites judiciaires contre
les internautes français qui piratent les fichiers musicaux.
Comme aux Etats-Unis, le syndicat sera tenu d'obtenir
l'accord préalable du juge pour contraindre les fournisseurs
d'accès à révéler l'identité de leur client.
On le voit, la réaction de l'industrie musicale face
aux menaces économiques s'effectue sous plusieurs angles
: dispositifs anti-copie (et bientôt traçage des oeuvres
afin d'identifier et de localiser les délinquants),
tentatives d'obtenir le filtrage des sites dans le cadre
du projet de Loi pour la confiance dans l'économie numérique,
actions judiciaires, lobbying auprès des pouvoirs publics
et des médias, etc. Pour l'instant, les internautes
qui téléchargent ou qui échangent des fichiers semblent
épargnés, mais jusqu'à quand ? |
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